Maroc : colère et indignation après l'arrestation d'un ancien ministre

Maroc : colère et indignation après l'arrestation d'un ancien ministre

L'arrestation puis l'incarcération, lundi, de l'ancien ministre des droits de l'Homme et ex-bâtonnier de Rabat, Mohamed Ziane, ont suscité la colère et l'indignation des défenseurs des droits humains au Maroc, pointant une nouvelle fois "la politique de musellement des voix et l'instrumentalisation de la justice" par le régime du Makhzen, dans le but de faire taire toute voix discordante.

 

La Cour d'appel de Rabat a confirmé, lundi, le jugement rendu contre Mohamed Ziane en première instance, à savoir sa condamnation à trois ans de prison ferme à la suite d'une plainte portée contre lui par le ministère marocain de l'Intérieur.

Aussitôt informés de son arrestation dans son cabinet à Rabat, de nombreux militants et défenseurs des droits humains au Maroc se sont mobilisés sur les réseaux sociaux, en lançant un hashtag de solidarité avec le militant et une campagne de condamnation de la politique de "vengeance et de répression" du Makhzen, affirmant que "l'arrestation de l'ancien ministre est intervenue suite à ses activités et ses déclarations audacieuses".

En effet, le hashtag "Nous sommes tous Mohamed Ziane" s'est vite transformé en une tribune pour les militants et défenseurs des droits humains au royaume, en exprimant leur indignation et ras-le-bol quant à la politique répressive du Makhzen, reprenant aussi des vidéos et déclarations audacieuses de l'ex-bâtonnier dans lesquelles il fustigeait les pratiques mafieuses du régime marocain et de ses appareils judicaire et sécuritaire.

Dans le même contexte, la Commission nationale de soutien aux prisonniers d'opinion et victimes de violation de la liberté d'expression au Maroc a publié un communiqué dans lequel elle a exprimé son "extrême stupéfaction" face à l'arrestation "arbitraire et injustifiée" de l'ex-bâtonnier de Rabat et ancien ministre des droits de l'Homme, Mohamed Ziane (80 ans).

"Ce procès s'est déroulé en une seule séance. Me Ziane n'a pas eu l'occasion de se défendre. Le tribunal ne l'a pas écouté, ni lui, ni sa défense", a souligné la Commission dans son communiqué, condamnant "l'arrestation musclée de Me Ziane dans son cabinet par une  vingtaine de policiers en tenue civile, sans présenter le moindre papier de la justice".

"Cette méthode constitue une violation flagrante du Code de procédure pénale, de la Constitution et des Chartes internationales pertinentes", s'est-elle encore indignée, affirmant qu'elle a suivi dès le début, la campagne de dénigrement orchestrée par les relais médiatiques du Makhzen à l'encontre de Mohamed Ziane, en conséquence à ses déclarations mettant en cause des personnes influentes du régime et sa solidarité avec les journalistes et défenseurs des droits humains au Maroc.

 

== "Une véritable folie" ==

 

Commentant également l'arrestation de l'ancien ministre, l'historien et militant des droits de l'Homme, Maâti Monjib, a déclaré que "ce procès est une véritable folie", soulignant qu'"il s'agit d'une pure vengeance politique contre un octogénaire".

Dans un post sur son compte Facebook, Monjib a écrit que "Mohamed Ziane est puni plutôt pour ses déclarations cinglantes contre les hommes puissants du Makhzen et sa défense indéfectible pour le militant et les journalistes en prison, respectivement Nasser Zefzafi, Hamid El Mahdaoui, Afaf Barani et Tawfik Bouachrine".

Pour sa part, le journaliste marocain Ali Lmrabet a fustigé, sur Twitter, la politique de "terreur" du Makhzen érigée en mode de gouvernement, à l'encontre des militants des droits humains et des journalistes, dans l'optique de les réduire au silence.

Affirmant, en outre, que "le Maroc est devenu une immense prison à ciel ouvert", Ali Lmrabet a indiqué que "les prisonniers politiques se comptent par centaines, dont certains sont connus, et d'autres, la plupart, sont totalement inconnus".

Pour le journaliste, "cette prétendue exhibition de force n'est en fait que la preuve éclatante du désarroi croissant d'un régime aux abois, et qui ne survit que grâce à la protection de ses maîtres occidentaux".

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