Le président Bush se trouvait ainsi autorisé par le Congrès, au nom de la « guerre à la terreur », à utiliser la force militaire non seulement contre des organisations ou des personnes mais contre des nations entières, dont la culpabilité était décrétée par le président même, qui émettait la sentence sans procès, ni possibilité d’appel, et en ordonnait l’immédiate exécution au moyen de la guerre. Les seuls qui depuis longtemps demandent l’effacement de cette loi sont deux sénateurs, le démocrate Tim Kaine et le républicain Todd Young, mais leur tentative n’a jusqu’à présent pas abouti. La loi du 18 septembre 2001, toujours en vigueur, a été utilisée, après le président républicain Bush, par le démocrate Obama, par le républicain Trump et par le démocrate Biden (ex- vice président de l’Administration Obama). On calcule qu’elle a déjà été utilisée pour « légitimer », pendant les vingt dernières années, des opérations militaires effectuées par les forces armées états-uniennes, sur ordre présidentiel, dans 19 pays du monde, parmi lesquels l’Afghanistan, l’Irak, la Libye, la Syrie, le Yémen, la Tunisie, le Kenya, le Mali, le Nigeria, la Somalie, le Cameroun et le Niger

Trois semaines après l’adoption de la loi, le président Bush ordonnait d’attaquer et d’envahir l’Afghanistan, officiellement pour donner la chasse à Oussama Ben Laden protégé par les Talibans ; trois mois après, il ordonnait l’ouverture du camp de détention de Guantánamo, où étaient secrètement déportés et torturés de présumés terroristes de différents parties du monde ; un an et demi plus tard —sollicité par une résolution bi-partisan de 77 sénateurs, menée par Joe Biden— le président Bush ordonnait d’attaquer et d’envahir l’Irak sous l’accusation (qui s’est ensuite révélée fausse) qu’il possédait des armes de destruction de masse. L’ordre était d’avoir un poing de fer pour écraser la résistance : confirmation en était donnée par les images des tortures dans la prison d’Abu Ghraib, mises à jour en 2004.

Toujours sur la base de la loi de 2001 qui l’autorisait à « utiliser toute la force nécessaire et appropriée », le président Obama, dix ans après, autorisait la CIA à mener des actions secrètes en Libye pour préparer la guerre de l’Otan qui allait démolir l’État libyen. Selon le même procédure « légale » —documentait le New York Times (29 mai 2012)— pendant l’Administration Obama fut instituée la kill list, mise à jour hebdomadairement, comprenant des personnes du monde entier condamnées secrètement à mort sous l’accusation de terrorisme, lesquelles, après l’approbation du président, étaient éliminées généralement avec des drones-tueurs. La même procédure était suivie en janvier 2020 par le président Trump, qui ordonnait l’élimination du général iranien Qasem Soleimani, assassiné par un drone US à l’aéroport de Baghdad. Des attaques analogues de drones US ont été « légalement » autorisées en Afghanistan, en Irak, en Libye, au Pakistan, en Somalie, en Syrie et au Yémen.

La plus récente attaque d’un drone-tueur est celle qui, sur la base de l’autorisation du président Biden, a frappé le 29 août à Kaboul une voiture suspectée de transporter une bombe de Daesh. Une enquête du New York Times (10 septembre) a pu vérifier que la voiture (suivie longtemps par le pilote du drone, à des milliers de kilomètres de distance) ne transportait pas des explosifs mais des réservoirs d’eau. Contre cette voiture, dans un quartier densément habité, a été lancé un missile « Feu de l’enfer », qui a tué dix civils, dont sept enfants.